Au 1er janvier 2026, la France compte 69,1 millions d'habitants. En 2025, les décès (651 000) ont pour la première fois dépassé les naissances (645 000) depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : le solde naturel est devenu négatif. L'indice conjoncturel de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme, son plus bas niveau depuis 1919 (le dossier documentaire détaille ce basculement en fiche 1 et le reflux de la fécondité en fiche 5). Un article de synthèse publié par The Conversation souligne que ce basculement national, s'il est inédit à cette échelle, prolonge une tendance déjà ancienne à l'échelle locale : de nombreux territoires ruraux connaissent un solde naturel négatif depuis les années 1970.
Le cas de la Creuse illustre ce mécanisme dans la durée (voir dossier, fiche 2) : le département a atteint son pic de population dès 1886 (près de 285 000 habitants) et n'a cessé d'en perdre depuis. Malgré un solde migratoire redevenu positif depuis 1975 (retraités, néo-ruraux), il n'enregistre plus que 713 naissances en 2024 — deux fois moins que dans les années 1970 — car les nouveaux arrivants, souvent âgés, ne renouvellent pas la natalité locale. À l'inverse, la carte urbaine dément l'image d'un simple clivage métropoles/périphérie : plus de 90 villes de plus de 20 000 habitants perdent des habitants par déficit migratoire, Paris intra-muros y compris, alors même que l'Île-de-France dans son ensemble continue de croître grâce à sa dynamique naturelle — une typologie de ces villes en décroissance est proposée en fiche 3 du dossier.
Sources : INSEE, Bilan démographique 2025 (janv. 2026) · The Conversation France, « La France qui se dépeuple, la France qui croît », 2025 · CEVIPOF/Ipsos, Fractures françaises, Bilan 13 ans.
Le « réarmement démographique » : sursaut national ou instrumentalisation politique de la natalité ? Lors de ses vœux de janvier 2024, le président de la République a appelé à un « réarmement démographique » de la France. Le démographe Hervé Le Bras (EHESS-INED) a jugé la formule « grotesque » (couverture Mediapart, relayée par Titrespresse.com ; débat détaillé en fiche 7 du dossier) : sans nier le recul réel de la fécondité, il conteste un cadrage martial qui traiterait la natalité comme un enjeu de puissance nationale plutôt que comme le résultat de choix individuels liés au logement, à la garde d'enfants ou à la stabilité de l'emploi. Le terrain est d'autant plus sensible que 58 % des Français jugeaient encore la société « en déclin » en 2025 (65 % en 2014, CEVIPOF — chiffres complets en fiche 8).
À vous de trancher : le vocabulaire du « réarmement » démographique relève-t-il d'un diagnostic scientifique ou d'une lecture politique du réel ? Quelles autres explications à la baisse de la fécondité un-e démographe peut-il/elle avancer ?
Le démographe Hervé Le Bras cartographie la répartition des catégories sociales à travers le pays (The Conversation, données 2013 ; analyse développée en fiche 11 du dossier) : les cadres se concentrent dans les « villes de commandement » — plus de 20 % de la population active, contre moins de 2 % en zone rurale profonde, soit un rapport de un à dix — tandis que les classes moyennes, en première couronne et dans les chefs-lieux, connaissent un écart bien plus resserré (un à trois). Les ouvriers, eux, sont statistiquement repoussés vers les marges du territoire, jusqu'à dépasser 40 % des actifs dans certaines zones frontalières — mais restent quasiment absents au sud d'une ligne Bordeaux-Grenoble, où ces emplois qualifiés (aéronautique toulousaine notamment) sont occupés par des techniciens mieux formés (fracture nord/sud et centre/périphérie détaillée en fiche 12).
Christophe Guilluy généralise cette lecture avec la thèse de la « France périphérique » (Flammarion, 2014, discutée dans Géographie, économie, société ; présentation complète en fiche 13) : selon lui, une France des métropoles mondialisées ferait face à une « France périphérique » regroupant près de 60 % de la population, exclue des dynamiques économiques et politiquement déclassée — un diagnostic rapproché a posteriori du mouvement des Gilets jaunes de 2018.
Sources : Hervé Le Bras, « La France inégale », The Conversation · Christophe Guilluy, La France périphérique, Flammarion, 2014.
La « France périphérique » : diagnostic vérifié ou fiction politique efficace ? Guilluy explique une partie du vote RN par la géographie. Cette lecture est vivement contestée dans le champ universitaire (synthèse Géoconfluences, ENS de Lyon ; synthèse de la critique universitaire en fiche 14 du dossier) : le sociologue Michel Kokoreff lui reproche de comparer des mailles territoriales hétérogènes, la revue Espaces et sociétés dénonce une approche « culturaliste et essentialisée », et l'Observatoire des inégalités a montré dès 2014 que la pauvreté reste concentrée avant tout dans certaines zones urbaines défavorisées. Le géographe Éric Charmes propose une lecture alternative du périurbain (« La revanche des villages », La Vie des idées ; voir dossier, fiche 15) : loin d'être un espace de relégation subie, il serait pour partie le produit d'un choix actif des classes moyennes de se regrouper entre pairs (« clubbisation »). Enfin, la carte de Le Bras (consultable sur The Conversation) montre un dégradé plutôt qu'une coupure binaire, et le vote RN progresse en 2024-2025 aussi chez des catégories non périphériques (cadres, retraités urbains).
Cette lecture binaire du territoire n'est pas propre à la France : le journaliste britannique David Goodhart a proposé, pour expliquer le Brexit puis le vote Trump, une grille très proche opposant les « Anywhere » — mobiles, diplômés, à l'aise dans la mondialisation, environ un quart de la population britannique selon son estimation — aux « Somewhere », enracinés localement et attachés à des identités de groupe, environ la moitié (France Culture). Le référendum de 2016 a ainsi vu les zones rurales et les villes moyennes désindustrialisées voter majoritairement Leave, contre les métropoles (Londres, Manchester, Édimbourg) très majoritairement Remain — un clivage spatial que plusieurs commentateurs ont rapproché de la fracture centre/périphérie décrite par Guilluy en France. La grille Goodhart a toutefois été critiquée pour son schématisme (l'Écosse, très « Somewhere » mais europhile lors du Brexit, l'illustre bien) : voir séquence 2, bloc 2, partie E, pour une discussion approfondie de cette thèse et de son adaptation française par Jérôme Sainte-Marie.
À vous de trancher, à partir des seules données ci-dessus : la carte de Le Bras confirme-t-elle ou nuance-t-elle la thèse de Guilluy ?
Depuis 2010, la France connaît un retournement inédit des budgets-temps de transport (The Conversation ; données complètes en fiche 21 du dossier) : après des décennies où les gains de vitesse se traduisaient en kilomètres supplémentaires plutôt qu'en temps gagné, le temps quotidien consacré aux déplacements augmente désormais de 10 % au niveau national — mais très inégalement selon les catégories sociales : +13 à +17 % pour les ouvriers et artisans-commerçants depuis 2010, contre une stabilisation voire une baisse chez les cadres, mieux desservis. En Île-de-France, ce ralentissement est au contraire choisi : la lenteur, autrefois subie, y devient un marqueur de statut quand cadres et citadins aisés relocalisent volontairement leurs activités à proximité (le cas francilien du vélo est développé en fiche 22). Ce basculement est identifié comme l'un des ressorts de la crise des Gilets jaunes de 2018.
L'accès aux soins dessine une géographie tout aussi fracturée (voir dossier, fiche 23). L'Atlas 2025 du Conseil national de l'Ordre des médecins (synthèse gpm.fr) recense 241 255 médecins en France, mais une densité de généralistes très variable selon les territoires (11,3 pour 10 000 habitants en moyenne nationale, seulement 8,1 en Ardèche) ; 6,7 millions de Français n'avaient pas de médecin traitant déclaré en 2023. Le maillage hospitalier se resserre également : 109 hôpitaux ont fermé entre 2015 et 2023, et le débat sur de nouveaux seuils minimaux d'activité, relancé à l'été 2026, menace selon ses détracteurs (Breizh-info.com, média régional à ligne éditoriale marquée, dont les chiffres restent vérifiables indépendamment) de vider les petits hôpitaux ruraux sans fermeture frontale — la « bombe à retardement » des hôpitaux ruraux est détaillée en fiche 24. Fait contre-intuitif documenté par l'INSEE (La France et ses territoires) : l'Île-de-France, région la plus riche, est elle-même en déficit relatif de médecins généralistes par rapport à la moyenne nationale (géographie détaillée en fiche 25).
Sources : « Des mobilités quotidiennes à deux vitesses », The Conversation, 2025 · Conseil national de l'Ordre des médecins, Atlas de la démographie médicale 2025 · Breizh-info.com, 11 août 2026 · INSEE, La France et ses territoires, éd. 2021.
En 2018, la France compte 6,4 millions d'immigrés (INSEE, France, portrait social ; portrait détaillé en fiche 29 du dossier), soit 9,6 % de la population, avec un basculement marqué dans la géographie d'origine (46 % nés en Afrique en 2018, contre 34 % en Europe, alors que cette proportion était inversée en 1975, avec 66 % d'Européens) — et 7,5 millions de descendants d'immigrés (11,2 % de la population), une population structurellement jeune puisque 53 % ont moins de trente ans (voir dossier, fiche 30). Ces données sont à mettre en regard d'un débat souvent focalisé sur les seules entrées : en 2024, 438 000 personnes sont entrées sur le territoire (INSEE, Flux migratoires ; actualisation complète en fiche 31), en baisse de 10 % sur un an, et le solde migratoire de 2022 (+271 000 au total) recouvre en réalité un solde négatif de -78 000 pour les personnes nées en France — une émigration française structurelle, en creusement depuis 1975, qui reste un angle mort du débat public.
Dans l'opinion, la préoccupation pour l'immigration comme enjeu prioritaire reste relativement stable (22 % en 2025, contre 20 % en 2013, CEVIPOF — chiffres détaillés en fiche 32 du dossier). La perception de compatibilité des religions avec les valeurs françaises dessine en revanche une hiérarchie nette et évolutive : 91 % pour le catholicisme, 79 % pour le judaïsme, mais 42 % seulement pour l'islam — un chiffre minoritaire, mais en progression de 16 points depuis 2013, la plus forte évolution des trois religions mesurées. Autre paradoxe : 60 % des personnes interrogées pensent que la France pourrait trouver de la main-d'œuvre sans recourir à l'immigration, une opinion qui contredit les besoins de recrutement documentés dans certains secteurs et territoires (santé, via les médecins formés à l'étranger — jusqu'à 20 % des effectifs dans certaines spécialités en zone sous-dense, cf. partie C — agriculture, BTP).
Sources : INSEE, France, portrait social, éd. 2019 · INSEE, « Flux migratoires », Insee Première n°2107, juin 2026 · CEVIPOF/Ipsos, Fractures françaises, vague 13, oct. 2025.
Consigne : en vous appuyant sur au moins trois éléments chiffrés du corpus, répondez à la question suivante : « Le territoire est-il devenu, en France, une variable aussi discriminante que la classe sociale ? »
15,7 % des 18-29 ans vivent sous le seuil de pauvreté, contre 4 à 5 % seulement des 65 ans et plus (les inégalités réelles entre générations, salaires et chômage compris, sont détaillées en fiche 35 du dossier). 46 % des moins de 35 ans se déclarent seuls en 2024, contre 30 % des plus de 60 ans. Le chômage des jeunes actifs atteint 21,1 % au premier trimestre 2026, plus du double du taux global (8,1 % — voir dossier, fiche 43). Paradoxe : malgré cette situation objective plus difficile, 46 % des moins de 35 ans anticipent un avenir « rempli d'opportunités », contre 37 % des 60 ans et plus — un optimisme relatif qui a même progressé de 11 points en dix ans.
Cet écart n'a rien de conjoncturel : selon l'Observatoire des inégalités, le chômage des 20-24 ans est passé de 5,3 % en 1975 à 19,5 % en 2018, et atteint encore 19,8 % en 2025 (contre seulement 3,7 % chez les 50-64 ans la même année) — soit près de quatre fois plus qu'il y a quarante ans. La note de recherche du CEVIPOF (Anne Muxel, oct. 2025) documente aussi une droitisation marquée des moins de 35 ans (de 28 % à 38 % de positionnement à droite entre 2020 et 2024), fortement clivée selon le sexe : 30 % des jeunes hommes se disent proches du RN en 2024, contre 13 % seulement des jeunes femmes (analyse complète en fiche 39 du dossier).
Sources : Observatoire des inégalités/INSEE, cité in Anne Muxel, Note CEVIPOF n°2, oct. 2025 · Observatoire des inégalités, « Chômage : les jeunes toujours aux premières loges » · INSEE, Informations rapides n°113, mai 2026.
Les « générations » (Boomers, X, Y, Z) désignent-elles une réalité démontrée scientifiquement, ou une commodité marketing sans fondement ? Le psychologue du travail David Costanza soutient, dans une critique radicale reprise par Slate.fr (cette critique scientifique est développée en fiche 33 du dossier), que rien ne prouve que les évolutions de comportement suivent des lignes de fracture par cohorte de naissance plutôt que des effets d'âge ou de période : la variabilité à l'intérieur d'une même génération dépasse presque toujours celle observée entre générations, et les bornes chronologiques varient de près d'une décennie selon les études — le narcissisme « spécifique » des millennials, par exemple, ne repose que sur une hausse marginale (+1,8 point sur 40), depuis revenue à son niveau des années 1980. À l'inverse, la notion reste un outil sociologique reconnu depuis Karl Mannheim (1928), qui distingue la cohorte démographique de l'« unité générationnelle » — la conscience de vivre un même événement historique fondateur (Mai 68, le Covid) — un usage que The Conversation juge « à utiliser avec modération » plutôt qu'à rejeter en bloc (voir dossier, fiche 34).
À vous de trancher : si la statistique ne permet pas de démontrer que les générations forment des groupes homogènes, pourquoi la catégorie continue-t-elle à structurer aussi fortement le débat public et des politiques publiques ciblées par âge, comme le budget 2026 (cf. partie B) ?
Le déficit public a atteint 5,1 % du PIB en 2025 ; la dette publique s'élève, selon l'INSEE, à 117,5 % du PIB au premier trimestre 2026 (environ 3 561 milliards d'euros — ordres de grandeur détaillés en fiche 44 du dossier). Le budget 2026, discuté dans un climat tendu, a ravivé le mouvement social « Bloquons tout » (lancé le 10 septembre 2025 — origines et première journée détaillées en fiche 48 —, relancé à la rentrée 2026, cf. fiche 49), massivement jugé légitime par les 18-24 ans (70 %, soit 29 points de plus que chez les plus de 70 ans). Autre fait à mettre en tension : 63 % des 18-24 ans veulent que les générations plus âgées « contribuent davantage » à la solidarité envers les jeunes — mais 70 % de l'ensemble des Français refusent, dans le même temps, d'opposer les générations entre elles.
Le budget 2026 illustre concrètement cette asymétrie ressentie. Côté retraités, la loi de financement de la Sécurité sociale, promulguée le 30 décembre 2025, revalorise les pensions de 0,9 % dès janvier 2026 et suspend le report de l'âge légal pour les générations nées entre 1964 et 1968 (retour possible à 62 ans et 9 mois pour la génération 1964) ; les générations nées à partir de 1969 restent pleinement soumises à l'âge de 64 ans (détail des mesures en fiche 45 du dossier). Côté jeunes, le projet de budget prévoit en miroir le gel des bourses du Crous, la suppression de l'APL pour les quelque 100 000 étudiants internationaux non boursiers hors Union européenne (économie visée : 108 millions d'euros) et une réduction de 20 % du budget du service civique, faisant passer le nombre de missions financées de 150 000 à 110 000 (L'Étudiant, déc. 2025 ; mesures détaillées en fiche 46). Ce contraste alimente directement le sondage Elabe cité par le CEVIPOF : 70 % des Français désapprouvent la formule du « confort des boomers » employée par François Bayrou, mais 63 % des 18-24 ans lui donnent au contraire raison.
Sources : INSEE, comptes nationaux des administrations publiques 2025-2026 · Touteleurope.eu, sur la suspension de la réforme des retraites · L'Étudiant, PLF 2026, déc. 2025 · CEVIPOF/Ipsos, Fractures françaises, vague 13, oct. 2025 · presse 2025-2026.
Le « conflit de générations » est-il un récit médiatique masquant un conflit de classe ? Une partie du débat public réduit la fracture française à un affrontement jeunes/vieux. Anne Muxel (CEVIPOF) nuance : le déclassement touche surtout les jeunes diplômés à faible revenu — génération et classe s'entremêlent plus qu'elles ne se substituent l'une à l'autre (cette « génération surdiplômée » est étudiée en fiche 42 du dossier ; pour une charge plus polémique contre les baby-boomers, voir la fiche 47).
À partir des chiffres ci-dessus, quelle variable vous paraît la plus discriminante : l'âge, ou la position sociale ?
Le stéréotype d'une jeunesse hyper-consommatrice de substances est démenti par les enquêtes les plus récentes : selon l'édition 2024 de l'enquête ESPAD (37 pays, plus de 113 000 jeunes de 16 ans ; baisse structurelle détaillée en fiche 50 du dossier), le tabagisme quotidien à 16 ans passe de 16 % en 2015 à 3,1 % en 2024 — une division par cinq en une décennie — et l'expérimentation du cannabis recule de 31 % à 8,4 % sur la même période, même si sept adolescents sur dix ont déjà goûté à l'alcool (l'alcool comme rite de passage adolescent est analysé en fiche 52). Cette sobriété chiffrée coexiste avec une consommation marchande très structurée : chez les 12-18 ans équipés de la carte prépayée Pixpay (100 000 utilisateurs analysés), l'alimentation absorbe 42 % du budget mensuel, et trois enseignes — McDonald's, Apple, Monoprix — concentrent à elles seules 10 % des transactions, tandis que les filles partagent leur fidélité entre la seconde main (Vinted) et l'ultra-fast-fashion Shein, signe d'une tension entre discours écologique affiché et pratiques réelles (détail des habitudes de consommation en fiche 53). Autre marqueur de la vie quotidienne : la géolocalisation par les parents, banalisée en une décennie (un modèle de montre connectée sur deux est aujourd'hui conçu pour les enfants), brouille la frontière entre protection et surveillance — un sociologue observe que la sortie de l'adolescence n'y met pas fin, mais déplace simplement le contrôle des parents vers les pairs (voir dossier, fiche 54).
Cette même jeunesse constitue aussi une cible économique organisée dès la petite enfance (mécanismes détaillés en fiche 60 du dossier) : un enfant français aura vu près de 100 000 spots publicitaires avant ses 12 ans (environ 1 200 heures cumulées — effets sur le développement psychologique étudiés en fiche 61), et le « pouvoir d'embêter » (pester power) qu'exerce l'enfant sur ses parents — un conflit familial éclate dans 21 % des refus d'achat chez les enfants les plus exposés à la publicité, contre 9 % chez les moins exposés — est un ressort marketing documenté depuis les années 1980. La France encadre pourtant cette exposition beaucoup moins strictement que ses voisins : interdiction totale de la publicité aux moins de 13 ans au Canada depuis 1989, encadrement des mannequins de moins de 14 ans au Danemark depuis 1997, contre un encadrement limité au seul service public audiovisuel français depuis 2018.
Sources : OFDT, Drogues et addictions, chiffres clés 2025 (enquête ESPAD 2024) · LADN, habitudes de consommation des ados (données Pixpay) · LADN, entretien avec Yann Bruna sur la géolocalisation parentale · Vincent Joly (Paris Descartes), RTL, CLEMI, sur la publicité destinée aux enfants.
Alors que les plus de 60 ans représentaient 26,2 % de la population française en 2019 et disposent souvent d'un pouvoir d'achat supérieur à celui des actifs plus jeunes (désendettement plus avancé, charges familiales allégées), une étude qualitative menée auprès de 40 personnes par The Conversation révèle un paradoxe (développé en fiche 65 du dossier) : cette clientèle solvable reste sous-représentée dans la publicité — l'exemple cité d'un tour-opérateur dont plus de 70 % de la clientèle est senior, mais qui redoute d'afficher des mannequins âgés, est particulièrement parlant — et, quand elle y apparaît, c'est le plus souvent cantonnée au rôle de grand-parent ou associée à la dépendance. Le vieillissement lui-même souffre d'un déficit de modèle culturel : la retraite reste largement imaginée sur le schéma des années 1950 (le grand-père épuisé par un travail industriel, une espérance de vie alors limitée à environ 70 ans), alors que le retraité contemporain en bonne santé dispose potentiellement de deux à trois décennies de vie active devant lui — d'où l'invention, faute de mieux, du terme flou de « senior » (ce mythe de la « retraite, nouveau départ » est déconstruit en fiche 64).
Ce déficit de représentation contredit pourtant les données d'enquête : contrairement au cliché du « vieux ronchon nostalgique », les plus de 60 ans se révèlent statistiquement plus optimistes que les jeunes sur l'avenir du progrès (61 % contre 43 % chez les moins de 35 ans) et moins nombreux à juger que « c'était mieux avant » (66 % contre 74 % chez les moins de 35 ans), selon les données CEVIPOF citées par Telos — ce qui interroge la pertinence même du stéréotype mobilisé par l'expression « OK Boomer » (le mythe est déconstruit chiffres à l'appui en fiche 67 du dossier). Le déterminant réel du pessimisme social n'est d'ailleurs pas l'âge mais la classe sociale : 82 % des ouvriers et employés expriment une défiance extrême envers autrui, contre 66 % des cadres et 73 % des retraités. Le vieillissement démographique, souvent présenté comme un pur fardeau budgétaire (cf. partie B), se lit aussi comme une opportunité économique : le marché français du « grand âge » est estimé à environ 30 milliards d'euros (la silver economy est détaillée en fiche 68), quand le Japon, confronté au même défi démographique, expérimente un compromis plus explicite — âge de la retraite des fonctionnaires repoussé de 60 à 65 ans, mais salaire réduit à 70 % et retrait des postes de direction après 60 ans (comparaison développée en fiche 69).
Sources : The Conversation, « Les consommateurs seniors, ces mal-aimés de la publicité » · Serge Guérin (probable), « "C'était mieux avant"… », Telos · Portail national de la Silver économie / Bpifrance · The Japan Times, sur la réforme des retraites des fonctionnaires japonais.